Ils étaient quelques-uns autour d’une table. Les demis de Leffe vides s’alignaient sur le rebord vermoulu, dans l’attente d’un serveur qui ne viendrait pas. Assise juste derrière eux, elle les entendait sans y prendre garde, le regard errant sur la surface agitée de la Seine. Un type aux cheveux frisés qui lui tournait le dos demanda, en posant le menton sur sa main : « Et vous, vous partez pour les vacances ? » Le roulis de la péniche accompagna le court silence qui suivit sa question. « Madagascar ! » s’écria l’un. « La Bretagne », dit un autre. « St Raphaël, comme d’habitude », soupira un troisième en remuant le fond de sa bière. « Et toi, Manuel ? » Ils s’étaient tournés vers un garçon aux cheveux noirs et aux joues recouvertes d’une barbe fine. « Moi ? » dit Manuel. « Je ne pars pas. » Le soleil finissait de disparaître derrière les tours de la Grande bibliothèque. Elle qui ne partait pas non plus, songea qu’il suffirait de dénouer l’amarre du bateau et de regarder s’éloigner, à travers le feuillage touffu de la péniche El Alamein, les quais de Paris. Le passage d’une barge accentua le tangage. Les ferronneries grincèrent et cliquetèrent. Manuel se leva. « Vous reprenez quelque chose ? » Lorsqu’il longea sa table, elle eut pour lui un sourire qu’elle laissa glisser, entre les fleurs de géranium, au fond de l’eau.
texte Eugénie Rambaud


N’y-a-t’il pas un petit souci de concordance dans la deuxième phrase ? Je sais, c’est un poil goujat… mais je m’interroge. Musicalement, ça coince !… et puis : « Elle qui ne partait pas non plus, elle songeait qu’il suffirait » aurait peut-être pu se changer en « Elle qui ne partait pas non plus songea qu’il suffirait ». Je re-goujate, je sais. Pardonne-moi. Mais c’est normal : qui aime bien, goujate bien.
@ Dorlotée : j’attends avec une certaine fébrilité que vous dessiniez, chère amie, des parisiennes mieux (plus ?) bustées… Eh oui, on ne se refait pas !
@JM: ah voilà, aujourd’hui, il n’a que des exigences… Mais on vous obéit, cher lecteur expert en goujaterie! C’est donc qu’on vous accorde quelque crédit… Alors merci!