Voilà un moment qu’ensemble et chacun de son côté, ils déambulent devant la vitrine du fleuriste, devant les seaux alourdis de bouquets colorés, devant les roses et les jaunes, les renoncules et les chardons, et les boules mousseuses du mimosa dont se termine la saison. Ils se croisent, s’excusent, se dérangent, se demandent pardon. Il ne sait que choisir : des marguerites oranges, ou des roses à l’incarnat sanglant. Elle prend et repose des lilas, des gypsos, des fleurs de jardin. De l’autre côté de la vitre, la fleuriste, impassible derrière son comptoir, les observe du coin de l’oeil. Et voilà qu’ils tendent ensemble la main vers le mimosa. Leurs bouquets se mélangent, les roses se perdent dans la neige des gypsos, une marguerite s’effeuille sur le tronc du lilas. Leurs épaules se frôlent. Elle recule, il s’incline, ils balbutient. Leurs sourires tombent dans l’eau d’un baquet. Ecartées par la gêne, les fleurs se déprennent. Ils s’éloignent, chacun de son côté. Mais elle emporte dans son bouquet blanc et mauve une marguerite égarée. Et entre les tiges épineuses des roses rouges, une branche de lilas s’est glissée.
Presque un baiser
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texte Eugénie Rambaud

