Les Parisiennes en juillet

L’exposition « Parisiennes » se poursuit pendant le mois de juillet, alors pourquoi pas programmer une petite ballade au Village Saint Honoré  à la boutique Chapeaux Fleurelle et admirer par la même occasion les créations de Jehanne ?

(91 rue Saint Honoré, Paris 1er, M° Louvre Rivoli)

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Sur le pont Alexandre III

- Mademoiselle, vous ne pouvez pas rester là.
- Et pourquoi ?
- C’est dangereux. Vous pourriez tomber.
Ses longs cils se soulevèrent en parallèle à la bordure de son chapeau.
- J’ai un bon équilibre, vous savez.
Elle était si menue qu’un courant d’air l’emporterait, songeait le gendarme. Et puis ce grand chapeau, aussi, quelle folie !
- Ne restez pas là, s’il vous plaît.
- Il faut que je m’en aille de toute façon.
Elle sauta du parapet avec un soupir. Un grand gaillard qui passait par là, voyant qu’elle s’éloignait de l’uniforme, la héla.
- On peut vous accompagner ?
Sous les paupières qui clignèrent trois fois, les yeux noirs ne laissaient rien paraître.
- Et pourquoi ?
- Paris est une ville dangereuse, vous pourriez vous faire agresser.
Il la trouvait si dévêtue, qu’il craignait qu’un loup ne la dévore toute crue.
- Vous êtes aimable, mais j’ai un bon crochet du droit, vous savez.
Et quelque chose dans son regard noir l’assura qu’elle ne mentait pas. Elle touchait à l’autre rive lorsqu’on lui offrit un bras.
- Appuyez-vous, mam’zelle, ça sera moins fatigant.
Il avait quatre-vingts ans qu’il reposait lui-même sur une canne en bois blanc.
- Et pourquoi ?
- Avec des chevilles si fines, mam’zelle, et des talons si hauts, à la moindre chute on tombe en morceaux… Ce qu’il vous faut, c’est un appui : le voici.
Il s’avança d’un pas.
- Oh ça ! Ce n’est rien du tout ! Tenez, je suis sûre que je cours plus vite que vous.
Et elle le prouva. Au coin de la rue Saint-Honoré, elle tourna à droite. Un petit chien trottait à ses côtés. Il aimait son chapeau, trouvait ses talons raisonnables, pensait qu’elle n’avait besoin de personne. C’est du moins ce qu’elle se dit, et accepta sa compagnie. Ensemble ils arrivèrent devant le Village Saint-Honoré. Il est 18h30, ce jeudi.
Ah, vous y êtes aussi ?

texte Eugénie Rambaud

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Belle de mai

La grille était tirée devant la porte de la modiste. « Revenez à 14h », disait un écriteau manuscrit. Elle s’est laissé tomber sur une chaise de jardin qui se trouvait là. Au bout de l’impasse, le soleil rebondissait gaiement sur la carrosserie d’une petite voiture rouge vif. Un souffle d’air soulevait mollement les feuilles de vigne courant le long d’une treille. Trois tables dépareillées formaient le mobilier de ce salon de jardin improvisé entre une bijouterie et une galerie d’art. Elle avait apporté sa robe de soie noire, si légère qu’elle tenait dans son sac à main. Elle imaginait une voilette discrète, quelque chose de sobre, un chapeau cloche, pourquoi pas deux petites ailes en résine argentée repliées des deux côtés de la tête ? Ses doigts jouaient avec les fines boucles châtains qui lui habillaient les tempes. De temps en temps le moteur d’une voiture rompait un silence de mi-journée, le bruit d’un pas qui croissait et décroissait sur le pavé. Il ne venait personne : elle s’est approchée de la vitrine et a pressé son visage contre la grille. Dans la pénombre, des formes rondes sommeillaient, accrochées au mur, leurs couleurs noyées de gris. « Je peux vous aider ? » Elle s’est retournée précipitamment. « Oui, non, pardon… » Voilà qu’elle rougissait. « C’est pour un chapeau ? » La jeune femme bienveillante sortait un trousseau de clefs et s’en prenait à la grille. « Je vous en prie, entrez. » La lumière du jour s’accrochait aux chapeaux suspendus, en éveillait les teintes. Elle a donné du pied contre un chapeau de bois. Sous la table, des formes de bibi, de haut-de-forme, de panama s’entassaient pêle-mêle. « J’allume les plafonniers, on y verra plus clair… » Dans la pièce soudain illuminée, deux ailes de tulle blanc ont pris leur envol sur la tête d’un mannequin de tissus. Elle s’est avancée jusqu’au fond de la boutique, où souriait un désordre d’atelier de confection. Un miroir lui a renvoyé son reflet et le regard de la modiste. « Alors, dites-moi tout. » Fouillant dans son sac, elle a sorti la petite robe noire. La créatrice s’en est emparée. « Ravissant. La robe est simple, on peut tout inventer pour le chapeau. De quoi avez-vous envie ? » La jeune cliente a jeté un regard circulaire à la boutique, et, poussant un long soupir de satisfaction, a envoyé promener la discrétion.

texte Eugénie Rambaud

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les filles adorent les chapeaux

La première illustration d’une série à venir pour « chapeaux Fleurelle » des créations
d’une jeune modiste parisienne. Sa boutique à croquer se trouve au Village Saint Honoré dans le 1er .

 

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