Une Parisienne pour 2012

L’agenda 2012 de Marie-Laurence Cattoire – agence de relation presse spécialisée architecture, décoration et art de vivre – est sorti, en couverture une Parisiennne :
what else ??

agenda avec Parisienne

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Un balcon sur la mer

Au moment de partir, le coffre plein, la maison fermée, les clés rendues à la propriétaire, j’ai dit : « On va faire un dernier tour sur la plage ? » C’était Jules qui conduisait. Il s’est retourné : à l’arrière, Laetitia a haussé les épaules ; Mario regardait ailleurs. « On va dire que c’est un oui. » Au bout de l’allée, il a pris la direction de la mer. J’ai ouvert la fenêtre pour sentir l’iode. « Tu peux fermer ? J’ai froid », a dit Laetitia. On s’est garé sur le parking. J’imaginais qu’il serait désert, comme si parce que nos vacances se terminaient, elles étaient finies pour tout le monde. Mais on voyait une caravane et la voiture d’un surfer dont le matériel s’entassait sur la plage arrière. « On vous attend là », a dit Laetitia. Mario, qui avait un pied dehors, s’est rassis. Jules dévalait déjà les marches. On avait remis des jeans et des baskets, le sable est entré sous les chaussettes. Il y avait quelques voiles au large que le vent faisait vaciller. Au bord de l’eau, Jules enlevait ses chaussures en sautillant. « Elle est super bonne ! » a-t-il crié. J’ai pensé à mon maillot, au fond de la valise, au fond du coffre. Les nuages galopaient au-dessus de l’océan alternativement gris et vert. Il avait plu pendant la nuit, le sable était rose et mouillé. Jules courait vers moi, les bras écartés, le bas de son pantalon trempé. « Aaaah, dans cinq heures on est à Paris ! » J’ai pris une grande inspiration. Un rayon de soleil a percé les nuages et jeté sur la surface mouvante de l’eau un trait de paillettes argentées.

C’est joli aussi, Paris.

texte Eugénie Rambaud
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Les Parisiennes en juillet

L’exposition « Parisiennes » se poursuit pendant le mois de juillet, alors pourquoi pas programmer une petite ballade au Village Saint Honoré  à la boutique Chapeaux Fleurelle et admirer par la même occasion les créations de Jehanne ?

(91 rue Saint Honoré, Paris 1er, M° Louvre Rivoli)

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Sur le pont Alexandre III

- Mademoiselle, vous ne pouvez pas rester là.
- Et pourquoi ?
- C’est dangereux. Vous pourriez tomber.
Ses longs cils se soulevèrent en parallèle à la bordure de son chapeau.
- J’ai un bon équilibre, vous savez.
Elle était si menue qu’un courant d’air l’emporterait, songeait le gendarme. Et puis ce grand chapeau, aussi, quelle folie !
- Ne restez pas là, s’il vous plaît.
- Il faut que je m’en aille de toute façon.
Elle sauta du parapet avec un soupir. Un grand gaillard qui passait par là, voyant qu’elle s’éloignait de l’uniforme, la héla.
- On peut vous accompagner ?
Sous les paupières qui clignèrent trois fois, les yeux noirs ne laissaient rien paraître.
- Et pourquoi ?
- Paris est une ville dangereuse, vous pourriez vous faire agresser.
Il la trouvait si dévêtue, qu’il craignait qu’un loup ne la dévore toute crue.
- Vous êtes aimable, mais j’ai un bon crochet du droit, vous savez.
Et quelque chose dans son regard noir l’assura qu’elle ne mentait pas. Elle touchait à l’autre rive lorsqu’on lui offrit un bras.
- Appuyez-vous, mam’zelle, ça sera moins fatigant.
Il avait quatre-vingts ans qu’il reposait lui-même sur une canne en bois blanc.
- Et pourquoi ?
- Avec des chevilles si fines, mam’zelle, et des talons si hauts, à la moindre chute on tombe en morceaux… Ce qu’il vous faut, c’est un appui : le voici.
Il s’avança d’un pas.
- Oh ça ! Ce n’est rien du tout ! Tenez, je suis sûre que je cours plus vite que vous.
Et elle le prouva. Au coin de la rue Saint-Honoré, elle tourna à droite. Un petit chien trottait à ses côtés. Il aimait son chapeau, trouvait ses talons raisonnables, pensait qu’elle n’avait besoin de personne. C’est du moins ce qu’elle se dit, et accepta sa compagnie. Ensemble ils arrivèrent devant le Village Saint-Honoré. Il est 18h30, ce jeudi.
Ah, vous y êtes aussi ?

texte Eugénie Rambaud

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Instantané

- Tu ne veux pas enlever tes lunettes pour la photo ? 
Pas de réaction.
- Tu es pénible, je t’assure…
Si tu crois que ça m’amuse. Elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.
- Ne bouge pas ! Ca va être flou.
Autour des bassins de l’esplanade du Louvre, les Parisiens prenaient le soleil de janvier comme si c’était l’été. « Lucas, ne te penche pas, tu vas tomber ! » Un amoureux avait posé sur le genou de sa fiancée une main de propriétaire. « Je peux m’asseoir à côté de vous ? » A la place de cette fille, jamais je n’aurais accepté, pensa-t-elle en voyant un homme s’installer près d’une fille seule qui lisait. 
- Tu me regardes ?
« Lucas, qu’est-ce que je viens de dire ? Lucas ! » La voix de la mère changea. On entendit un bruit d’eau, des cris. La fiancée éclaboussée se leva précipitamment. « Pauvre petit, il va prendre froid ! » Le petit garçon grelottant balbutiait : « J’ai pas fait exprès, j’ai pas fait exprès. »
- Bon ! Cette fois c’est dans la boîte. On y va ? Qu’est-ce que tu regardes ?
Les amoureux envolés avaient changé de branche, l’homme était parti, la fille seule, son livre à la main, rêvait. Une petite fille accourut et plongea ses yeux dans le bassin. L’eau apaisée refléta son visage, le bleu du ciel, et cinq heures qui sonnaient. 
texte Eugénie Rambaud  
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Dans le creux de l’oreille

La sonnerie d’un téléphone a troublé le silence. J’ai froncé les sourcils comme tout le monde avant de réaliser que c’était le mien.
- Merci de bien vouloir éteindre vos téléphones portables !
L’objet du délit à la main, je traverse le Petit Palais en courant presque. À cette heure, je pensais trouver le café vide ; mais à une petite table ronde, une jeune femme seule fume une cigarette. Elle sourit à la silhouette bleutée d’un homme qui fait les cent pas de l’autre côté de la baie vitrée. Elle me voit ; elle éteint sa cigarette et se lève. L’homme a disparu. Elle se glisse alors derrière un pilier, extraie de sa robe étroite un tout petit téléphone qu’elle porte à son oreille, blotti dans le creux de ses mains et, les paupières baissées, son dos nu contre la pierre froide, elle écoute sans rien dire. J’entends des pas énergiques sur le marbre, le claquement du boîtier derrière le pilier. Elle jette un coup d’œil à son reflet, lisse une mèche rebelle avant de s’éloigner, tandis que la voix familière de mon répondeur annonce : « Vous avez un nouveau message. » C’était ma mère.
texte Eugénie Rambaud
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Sous un chapeau de paille


Sous un chapeau de paille, un joli minois blond, une bouche vermeille qui ne sait dire que non et des épaules frêles que le rire secoue. Ma Parisienne est un modèle du genre têtu. Je l’ai trouvée assise sur un banc dans la rue, le nez piqueté de tâches de soleil sous la paille de son chapeau. Avec mon appareil photo et mon plan de métro, j’avais tellement l’air de ce que j’étais qu’elle a cru que je me moquais d’elle ; puis elle a proposé de me servir de guide. Elle a couru devant moi sur ses jambes de sauterelles. Elle a posé à côté d’une colonne Wagram, recueilli dans sa paume un peu de l’eau glacée d’une fontaine, chassé les pigeons du parvis de l’Opéra, refusé de monter dans la grande roue des Tuileries, pris les sens interdits à vélo ; au milieu du Pont-Neuf elle m’a laissé sa main, sur le Pont des Arts elle m’a donné ses lèvres.

Le chapeau de paille est accroché à la fenêtre de ma chambre d’hôtel. Dans le ciel nacré d’octobre, le clocher de l’église Saint-Germain sonne l’heure. Ma Parisienne s’en fout ; elle dort, la main droite posée sur l’oreiller. Je dépose un baiser sur chacun de ses doigts repliés, et ses cils frémissent comme les ailes d’un papillon sur le point de s’envoler.

texte Eugénie Rambaud



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