Le cœur buissonnier


         
 Nos semelles en caoutchouc frappaient le trottoir mouillé. Sami m’avait pris la main, mon sac me battait la hanche, je n’aurai pas besoin de mon cahier de maths, finalement. En bas des escaliers j’ai lâché ses doigts qui glissaient, j’avais un point de côté. Il s’est retourné, il est monté sans rien dire, quatre à quatre. Je me suis accrochée à la rampe. On n’a croisé personne, à cette heure-là les rues sont vides, tout le monde est occupé à faire quelque chose, sortez vos cahiers d’exercices, « Où est passé mademoiselle Dubreuil ? » « Chloé ne se sentait pas bien, m’dame, elle est rentrée chez elle. » Sourires derrière la main, et demain dans la cour les questions. Je sens mon cœur qui bat dans mon ventre. Sami s’est assis en haut des marches, dans ma poche il y a un chewing-gum à la menthe, « au cas où » m’a dit Alice avec son air supérieur qu’elle a depuis, comme si on n’avait pas le même âge, demain j’en saurai autant qu’elle. « Tu veux pas t’asseoir ? »  « J’aime mieux rester debout. » Sur la place il n’y a que des pigeons imbéciles qui picorent entre les pavés. La brume colle au soleil, j’ai le cœur qui fiche le camp, il a mis ses mains sur ma taille. 
Il suffirait de ne pas se retourner. 
texte Eugénie Rambaud
Share

Crillon sur les toits (un conte de Noël)

Pop ! 
Pschhhhh…
Cling !
« Joyeux Noël » dit Eugénie. « Et bonne année ! » fit Dorothea. 
Et l’on aurait juré que la Tour Eiffel, les paupières clignotantes sous le pétillement de ses lumières, souriait. 
Prochain épisode le 6 janvier 2011. Que l’esprit de Paris vous accompagne sur le chemin de croix qui va de la dinde au foie gras. 
A l’année prochaine !

Share

Poste restante


Tous les matins elle venait au café écrire une carte postale. Elle s’installait près de la vitre et commandait un Earl Grey. Je la voyais qui promenait des yeux rêveurs sur l’avenue de Friedland à travers la vapeur du thé brûlant. Vers 10h30, la camionnette du facteur la tirait de son hébétude. Elle griffonnait quelque chose à la hâte, ramassait ses affaires et se précipitait dans la rue. Ce matin-là, elle était partie depuis quelques minutes quand j’ai trouvé la carte sur la table. C’était une vue de la ville prise depuis l’Arc de Triomphe; au dos, un nom, une adresse, un timbre. « Inutile de revenir ». La fille n’est pas revenue, et j’ai gardé la carte postale.


texte Eugénie Rambaud


Share