Au moment de partir, le coffre plein, la maison fermée, les clés rendues à la propriétaire, j’ai dit : « On va faire un dernier tour sur la plage ? » C’était Jules qui conduisait. Il s’est retourné : à l’arrière, Laetitia a haussé les épaules ; Mario regardait ailleurs. « On va dire que c’est un oui. » Au bout de l’allée, il a pris la direction de la mer. J’ai ouvert la fenêtre pour sentir l’iode. « Tu peux fermer ? J’ai froid », a dit Laetitia. On s’est garé sur le parking. J’imaginais qu’il serait désert, comme si parce que nos vacances se terminaient, elles étaient finies pour tout le monde. Mais on voyait une caravane et la voiture d’un surfer dont le matériel s’entassait sur la plage arrière. « On vous attend là », a dit Laetitia. Mario, qui avait un pied dehors, s’est rassis. Jules dévalait déjà les marches. On avait remis des jeans et des baskets, le sable est entré sous les chaussettes. Il y avait quelques voiles au large que le vent faisait vaciller. Au bord de l’eau, Jules enlevait ses chaussures en sautillant. « Elle est super bonne ! » a-t-il crié. J’ai pensé à mon maillot, au fond de la valise, au fond du coffre. Les nuages galopaient au-dessus de l’océan alternativement gris et vert. Il avait plu pendant la nuit, le sable était rose et mouillé. Jules courait vers moi, les bras écartés, le bas de son pantalon trempé. « Aaaah, dans cinq heures on est à Paris ! » J’ai pris une grande inspiration. Un rayon de soleil a percé les nuages et jeté sur la surface mouvante de l’eau un trait de paillettes argentées.
C’est joli aussi, Paris.
texte Eugénie Rambaud

