Paris à bicyclette

Paris72

Lucie défit le cadenas qui entravait sa roue. Si tôt le matin, elle était seule dans la rue. On entendait quelque part le frottement d’un balais dans une cour. Comme elle donnait le premier coup de pédale, sa concierge sortit à petits pas pressés, la semelle de ses chaussons traînant sur le trottoir. « Bonjour ! » lança Lucie en se retournant sur la selle. La vieille femme hocha la tête et, serrant le col de sa robe de chambre, tira la grosse poubelle verte à  l’intérieur de l’immeuble. Le macadam était mouillé. Lucie dépassa la petite voiture de la mairie en klaxonnant. Le jet d’eau  balaya ses roues, lui éclaboussant les chevilles. « Pardon mademoiselle ! » L’homme leva la main en souriant. Au bout de la rue, elle prit un virage serré et entama la grande descente vers la Seine. Devant les devantures closes de la rue de Belleville, les passants passaient, rares et pressés. Le vent de la vitesse soulevait le coin de sa jupe. Quai de Valmy, un homme fumait une cigarette en regardant le canal, son chien assis à ses pieds. Elle se glissa dans la circulation place de la République en jouant de la sonnette et du frein. Debout sur les pédales, elle suivait les scooters qui lui ouvraient un chemin entre les voitures embouteillées. Elle se rassit sur sa selle en soupirant, rue de Turbigo. Des enfants peinant sous des cartables traversaient en se tenant par la main. Il y avait au croisement de la rue des Graviliers une odeur de croissant chaud. Le bourdonnement des moteurs grondait au bout de la rue du Renard. Elle traversa la place de l’Hôtel de Ville et dévala la rampe pavée qui menait à la Seine. Le soleil était tout à fait levé maintenant, et faisait miroiter l’eau frémissante. La rumeur de la ville montait au-dessus de sa tête, dans un ciel limpide que la chaleur commençait à voiler. Un vent léger agitait les feuilles des bouleaux. Sous ses roues, un vol de pigeons s’éleva précipitamment du quai pour s’y redéposer tandis qu’elle s’éloignait, la sonnette tintinnabulant sur le pavé.

 texte Eugénie Rambaud
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Mariage à Berlin

Cristina et Nils prépare leur plus beau jour… en toute décontraction et à vélo! C’est normal, on est à Berlin;-) Pour cela ils m’ont contactée me demandant de réaliser une illustration personnalisée, à leur image et qui servira pour toute la correspondance de l’événement. Un échange de photos et quelques mails ont suffi pour faire connaissance et dessiner le couple d’amoureux!

Contactez-moi si vous souhaitez des informations supplémentaires sur les faire-part de mariage : contact@dorothearenault.com

 

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Régime élémentaire

« J’ai faim. »

La voix de sa fille l’avait tiré d’un sommeil comateux. Assise au bout du lit elle le regardait en suçant son pouce. L’écran du réveil indiquait une heure déraisonnable pour un lendemain de cuite, mais héroïque pour l’estomac d’un enfant affamé. Manque de chance, il faisait beau, le soleil inondait les murs de la cuisine. A travers l’écran protecteur de ses cheveux en bataille, il inspecta le contenu du frigidaire. La petite fille le suivait, pieds nus sur le carrelage, à quelque pas des placards qu’il ouvrait un à un. « Ya rien là-dedans », fit-elle comme il découvrait où se rangeaient les détergents.

« Je saute dans un pantalon et on va au marché. » Sa voix rauque lui rappela les soirées étudiantes, il s’enferma dans la salle de bain. A travers la porte elle cria « Y a pas de marché, c’est mercredi. » Il se dit que sa semaine de père célibataire allait être longue.


texte Eugénie Rambaud



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